10 morts et 30 blessés dans l’incendie de la rue Erlanger la nuit du 4 février dernier, à qui la faute ?

10 morts et 30 blessés dans l’incendie de la rue Erlanger la nuit du 4 février dernier, à qui la faute ?

| AU NOM DE 100.000 CITOYENS SANS VOIX | Actualité  Vu 35136 fois
Article N°22278

10 morts et 30 blessés dans l’incendie de la rue Erlanger la nuit du 4 février dernier, à qui la faute ?

Qu’on ne leurre pas les proches des victimes et les blessés, qui méritent toute la compassion du monde, ni l’opinion publique en désignant comme bouc émissaire idéal la personne  psychotique « présumée » être l’auteur des faits.
 

Car cette personne est aussi une victime, celle des failles de notre système de santé mentale. Cette personne, à qui on va de toutes manières s’attacher à coller une part de responsabilité malgré ses antécédents psychiatriques, est de toute évidence victime du « syndrome des portes tournantes »[1] : succession de séjours en hôpital psychiatrique[2] où sont gérés les temps des crises avec soins essentiellement chimiothérapiques, et de remises « en liberté » avec suivi ambulatoire... aléatoire.

Sans se substituer aux psychiatres, il tombe sous le sens que cette personne nécessite des soins et un accompagnement dans la durée nécessaire avec un minimum de contention c’est-à-dire dans un établissement adapté. La chimiothérapie ne guérissant pas, elle a certainement besoin aussi de soins psychothérapeutiques adaptés à son cas[3].

Oui mais voilà : en 50 ans, les Pouvoirs publics ont fermé près de 200.000 lits dans les hôpitaux psychiatriques ou généraux ayant un service de psychiatrie, dissimulant derrière un alibi humanitaire (suppression de l’enfermement asilaire) une recherche drastique de baisse des dépenses de santé, elle aussi continue depuis que le déficit est la norme budgétaire française[4].

Les créations de structures alternatives n’ont évidemment pas suivi, et de très loin, puisqu’on ne parle que de virage ambulatoire. C’est sûrement très bien pour une majorité des 2,8 millions de handicapés psychiques[5], mais ce virage ambulatoire éjecte au bord du chemin les cas les plus sévères, soit des centaines de milliers en France.

Les « passages à l’acte » des psychotiques mal ou insuffisamment pris en charge, rares en proportion de la population concernée qui est beaucoup moins criminogène que la population « normale », alertent les médias et émeuvent l’opinion publique surtout quand ils sont dramatiquement spectaculaires[6], mais tout le monde en oublie la cause : les carences de l’Etat.

Cela fait plus de 25 ans que des voix autorisées[7] le clament, dans l’indifférence quasi générale.

Collectif 100.000 handicapés psychiatriques à l’abandon
Porte-parole Mme Claude HOVHANESSIAN-GANDILLON
Membre du CA du Conseil national handicap en charge de la Santé
cent.mil.handicapes.psy@gmail.com


 
 
[1] Expression de Gilles Vidon in La Lettre de la Psychiatrie N° 21, 01/1993.
[2] 13 séjours à Sainte Anne pour cette personne, info citée par exemple par msn.com 07/02/2019
[3] « Aucun médicament psychotrope n’a d’effet sur les troubles psychiques » affirmait le Pr Edouard Zarifian (CHU Caen), tandis que le Pr Pierre Delion (CHU Lille) ajoute : « c’est à partir de ce moment [i.e. après l’administration des médicaments] que commence mon travail ». Cités par P. Coupechoux, Un monde de fous (Seuil 2006)
[4] Donc depuis le choc pétrolier de 1973.
[5] A comparer avec 3 millions de myopathies et maladies rares, 150.000 victimes du SIDA, 850.000 PMR…
[6] Citons par exemple le massacre d’une partie du Conseil Municipal de Nanterre en 2002 (8 élus tués, 19 blessés) ; ou l’affaire Romain Dupuy à Pau en décembre 2004 (2 soignants assassinés dans un HP).
[7] Notamment Catherine Tobin, La schizophrénie au quotidien (Odile Jacob, 1990) ; les Etats Généraux de la Psychiatrie, Montpellier juin 2003 ; le rapport du HCPLD présidé par X. Emmanuelli au Président de la République, novembre 2003 ; la Lettre au Président de la République sur les citoyens en situation de handicap de J. Kristéva, 2003 ; P. Coupechoux, Un monde de fous, op.cité ; le rapport de la Cour des Comptes sur l’échec du plan santé mentale 2005-2008 du ministre Douste-Blazy, décembre 2011 ; Prs M. Leboyer et P-M. Llorca, Psychiatrie, l’état d’urgence (Fayard 2018), TF1, JT 20h 9/02/2019, etc.
https://www.tvlocale.fr/au-nom-de-100-000-citoyens-sans-voix/articles.html

Collectif 100.000 handicapés psychiatriques à l?abandon

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